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Грамматика и лексика

Les jeunes des cités ont inventé leur propre langage

« Zarma, le cêfran natchave ! » Traduisez : « Ma parole, le français va à vau-l’eau ! » Jargon ? Dialecte ? Une nouvelle pratique de la langue intrigue les sociologues, les linguistes et les travailleurs sociaux qui œuvrent dans les banlieues. Le verlan d’hier est dépassé par le nouveau patois des cités. Fera-t-il un jour l’objet d’un cours, au même titre que le rap et le tag à l’université Paris-VIII, ou tombera-t-il en désuétude, comme le fameux louchébem des bouchers ?

Le chanteur Renaud avait remis le verlan au goût du jour au début des années 80, avec sa chanson Laisse béton. Ce français détourné est rapidement devenu la langue obligée des grands ensembles. Les jeunes excellent dans cet exercice qui consiste à inverser les syllabes : « zarbi » pour bizarre ou « fèca » pour café. Éliane Girard, coauteur'avec Brigitte Kernel du Manuel ado/parent, guide de conversation humoristique» a voulu explorer « le vrai langage des ados'd'aujourd'hui». Elle pense que celui-ci « n'a rien de plus que le verlan parlé autrefois par les apaches (truands) qui sévissaient au-delà des fortifs parisiennes ».

« C’est vrai que les jeunes des banlieues ne parlent que de cette façon, commente-t-elle, tandis que les autres n’utilisent que quelques mots ou expres­sions » au cours de la conversation. Mme Girard doute que ce jargon soit vérita­blement nouveau : « On observe de nombreuses résurgences d’anciens argots : javanais, mots arabes utilisés par les pieds-noirs, etc. » Plus qu’un jeu verbal, ce dialecte contemporain s’est transformé en signe de reconnaissance sociale. Dans son livre « Une saison en banlieue », Adil Jazouli cite un garçon d’une douzaine d’années qui se sent différent des enfants de Paris intra-muros : « On est pas comme eux, nos paroles, nos mots qu'on dit, с'est pas pareil qu’eux, parce que eux, c’est le vieux français, nous с’est le français à l’envers. »

Aujourd’hui, l’appellation de verlan ne suffit plus. Les jeunes de la cité du Champy à Noisy-le-Grand (Seine-Saint- Denis), la contestent vigoureusement, surtout parce que « les mots changent tout le temps ». « On parle pas verlan, c’est ricra (un bobard). On dit pas « yienv’» (viens), mais « dé », et on se comprend comme ça, с 'est notre façon de parler. » Ils avouent ne pas utiliser le même langage à l’école ou en famille : « Avec les profs, on parle à la « soutenue », plaisante Belkacem mais quand un keum de la téci se fait serrer par les kisdés [un mec de la cité se fait prendre par les policiers], il parle ascom [comme ça], parce que les flics ne captent que deux ou trois mots. »...

Un « sociolecte »

Le sociolinguiste Christian Bachmann pense que cette « langue des keums » est plus qu’un simple argot d’école. Il l’appa­rente à un « sociolecte » lié aux conditions économiques et culturelles spécifiques d’une catégorie de la population qui a perdu contact avec la norme linguistique. « Ils se sont bricolé une culture à eux parce qu'ils se sentaient déconnectés de l'univers culturel des classes moyennes », analyse-t-il. « Le Français moyen se sent agressé par cette langue, dont les courbes intonatives spécifiques sonnent comme des engueulades, poursuit l’expert. Tout le système linguistique est affecté : intonation, lexique, et même la syntaxe, qui reste la moins imitable »

Si la sémantique banlieusarde se décline plus volontiers autour de certains sujets - drogue, sexe, argent, police -, les mots varient selon les différentes commu­nautés. Le répertoire varie d’un quartier à l’autre, chaque cité ayant son identité propre et des noms différents pour des sujets semblables.

« Dans les banlieues de Marseille ou de Lyon, les habitants des cités mitoyennes aux camps de Gitans se sont approprié leurs mots », explique Azouz Begag, chercheur en sociologie urbaine. Les jeunes Maghrébins demeurent selon lui « les pionniers en matière d'innovation linguis­tique ». D’après M. Begag, de plus en plus de jeunes de toutes origines jurent en utilisant le mot « ouallah » (« devant Allah ! ») et mettent la main droite sur le cœur après avoir salué quelqu’un. « Mais les jeunes ne peuvent trouver leurs marques que dans un français normal », affirme le sociologue, qui voit dans la langue des (tes « une jachère linguistique et une déculture» [...]

« C’est le contraire de l’esperanto, commente pour sa part Mirella Gallois, coordinatrice de zone d’éducation priori­taire (ZEP) à Stains (Seine-Saint-Denis), puisque cette langue n’est parlée que par des initiés et que les adultes en sont' exclus. » Elle précise que les enfants des maternelles de Stains (Seine-Saint-Denis) utilisent naturellement le terme de « reum » pour désigner leur mére. Mme Gallois croit qu’à l’avenir ces expressions « marqueront le langage courant ».

Le parler « institutionnel » n’est pas totalement rejete, même si dans la cité, confie Sandrine, éducatrice auprès de jeunes en difficulté, « plus tu sais de nouveaux mots et plus tu es considéré ». « Les adolescents qui ont le pouvoir dans la cité sont ceux qui l’ont aussi au collège, commente de son côté Mme Gallois, car ils arrivent à jouer sur les deux tableaux ». Au dire de la jeune éducatrice, le patois des cités reste « la langue des galériens ». « Ils l’abandonneront dès qu'ils connaîtront une vie sociale normale, assure-t-elle. Pour l’instant, ils ne communiquent que comme ça, et, quand ils regardent un feuilleton télé comme « Hélène et les garçons », où les héros s’expriment en français standard, ça les fait hurler de rire : comme s’ils étaient face à un documentaire sur les singes ! »

 

A partir des définitions ci-dessous   retrouvez dons le texte les mots qui leur correspondent.

  1. Nom masculin, argot consistant à inverser les syllabes de certains mots :    
  2. Nom masculin, variété régionale d'une langue :     
  3. Nom masculin, dialecte ou parler local employé par une population généralement peu nombreuse, souvent rurale :       
  4. Langage particulier à un groupe et surtout caractérisé par sa complication et l'affectation de certains mots et certaines tournures :  
  5. Langue des malfaiteurs, du milieu / ensemble oral des mots non techniques qui plaisent à un groupe social :    

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Cochez la phrase qui rend le mieux compte des informations contenues dans les paragraphes :

Paragraphe 1 :

  • Le nouveau langage des jeunes des cités intrigue les sociologues et linguistes.
  • Sociologues, linguistes et travailleurs sociaux s'intéressent à un nouveau patois qui fera peut-être l'objet de cours à l'université de Paris VIII.

Paragraphe 2

  • Le verlan des années 80 a été enrichi et transformé par le nouveau patois des cités.
  • Le langage des jeunes n'innove pas par rapport au verlan des « apaches ». Paragraphe 3 :
  • Ce parler des jeunes dépasse le jeu verbal pour servir de signe de reconnaissance sociale.
  • Devenu signe de reconnaissance sociale, le nouveau dialecte des jeunes est imité par la jeune génération en dehors des banlieues.

Paragraphe 4 :     «

  • Les jeunes parlent différemment à l'école, en famille ou entre eux. Leur langage contient, en plus du renversement des syllabes, de nouvelles formes lexicales.
  • Un jeune affirme qu'ils utilisent un langage différent selon qu'ils se trouvent entre eux, en famille ou à l'école.

Paragraphe 5 :

  • « Ce n'est pas un argot d'école, c'est un véritable sociolecte », affirme un sociologue.
  • Un sociolinguiste affirme que les jeunes se servent de leur sociolecte pour se créer un univers culturel propre. Leur langage se définit par des particularités intonatives, lexicales et même syntaxiques.

Paragraphe 6-7 :

  • Tout en tournant souvent autour des mêmes thèmes, les dialectes des jeunes varient d'une cité à l'autre pour le choix des mots. Une part importante de l'innovation linguistique est l'œuvre des jeunes Maghrébins.
  • Ce sont surtout les jeunes Maghrébins qui inventent de nouveaux dialectes.

Paragraphes 8-9 :

  • A l'inverse de l'espéranto, langue de communication universelle, les patois des cités ont une fonction d'exclusion, surtout des adultes. Mais, selon un spécialiste, dès que les jeunes s'intègrent dans la vie sociale, ils retournent à la langue standard.
  • Plus un jeune connaît de mots, plus il est considéré par ses amis dans les cités.
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